Claïmax se livre dans « Le journal d’une adoptée » : son histoire et celles d’autres…
- Dandeu Mathilde
- il y a 3 jours
- 5 min de lecture

Au printemps prochain, Claïmax livrera son histoire, celle de son Journal d’une adoptée. Un EP fort, d’une grande sensibilité, au coeur duquel on retrouve le titre MR5H, sorti le 30 janvier : il est un hommage à toutes ces personnes qui peuvent, du jour au lendemain, se retrouver sans rien, ceux qui tiennent grâce à la drogue, plongeant dans une grande dépression. MR5H reflète la force de l’artiste, mais aussi cette bienveillance qu’elle porte aux autres.
Claïmax est une jeune femme dont la douceur émane d’elle et qu’elle transforme dans ses textes en une force, une fragilité avec des mots qui résonnent comme une détermination à livrer sa propre histoire dans son premier EP. Baptisé "Le journal d’une adoptée" part 1, ce projet, elle le dédie à toutes ces personnes qui, comme elle, ont perdu leurs racines d’origine, ont pu se sentir seul.es… Un EP qui rassemble, comme une parenthèse où la solitude n’existerait plus.
Claïmax : "En 2025, je suis partie aux États-Unis pour rencontrer ma mère biologique"
Au printemps sortira ton EP, Le journal d’une adoptée – part 1, est-ce que tu peux me parler de la genèse de ce projet ?
Claïmax : C’est un projet qui est un peu né dans une chambre. J’ai rencontré un pianiste avec qui je m’amusais à poser mes poèmes sur des boucles qu’il jouait dans mon salon. Puis on a voulu en faire un vrai projet, donc je suis entrée en studio et j’ai produit des maquettes acoustiques. Je me suis rendue compte que mon histoire se racontait à travers ces chansons et c’est là que j’ai vraiment eu envie d’aller plus loin. J’ai rencontré un beatmaker avec qui travailler, qui s’appelle Andreas Lecter et qui travaille au studio Montmartre Recording.
Je trouvais qu’il manquait quelque chose à mes chansons. Je viens du théâtre et j’ai eu envie de créer des interludes, intro, outro, comme on voit à l’opéra, avec cette envie de vraiment mettre le texte en avant. J’ai travaillé avec un autre ami dans son sous-sol, et on a réussi à créer des interludes musicaux où je me sers de mes influences rap, pop, de la culture vaudou/haïtienne… c’est un mélange de plein de choses.
Je voulais donner de la visibilité à des récits dont on ne parle pas assez à mon goût, qui ne sont pas assez mis en lumière, et j’avais envie de raconter mon histoire.
Qu’est-ce qui t’a poussé à vouloir parler de ton adoption ?
Claïmax : C’est vraiment venu sur un coup de tête. J’étais dans mon lit, il était tard, et j’ai fait un vocal qui parlait d’Haïti. Le lendemain, j’ai appelé le pianiste et je lui ai dit : "Je veux que l’on crée quelque chose sur ça." Il y a une chanson qui est sortie, qui s’appelle Haïti, et je me suis rendue compte que toutes mes chansons convergeaient pour raconter mon histoire.
En 2025, je suis partie aux États-Unis pour rencontrer ma mère biologique et ça a encore plus ancré l’envie de raconter tout ça.
L’adoption est un sujet dont on parle peu… est-ce que ton EP a été aussi une façon de rassembler toute une communauté de personnes adoptées et de vous sentir peut-être moins seul.es ?
Claïmax : Je me suis inscrite à un groupe de personnes adoptées haïtiennes. On échange beaucoup, et je me suis rendue compte que l’on était beaucoup à Paris. J’ai élargi ça en faisant des appels sur les réseaux sociaux pour rencontrer des adoptés qui viennent d’endroits différents. Je me suis aperçue que l’on était nombreux et, malgré le fait que l’on ne vienne pas du même pays, on a des ressentis communs, des carences affectives communes ou même la même approche et vision du monde. Ce n’est pas juste une question d’adopté au sens vraiment avec les papiers, mais toutes ces personnes qui ont dû migrer vers un autre endroit sans avoir eu le choix, et on a vraiment ce sentiment commun… J’avais envie de rassembler les gens parce qu’on est souvent un peu divisés et je trouve ça beau de se dire qu’autour de la musique on peut se rassembler.
Est-ce que d’écrire cet EP, ça t’a permis d’avoir comme une autre famille, de toutes ces personnes qui, comme toi, ont été adoptées ?
Claïmax : Quand j’ai fait écouter mon EP, toutes les personnes à qui je l’ai fait écouter ont été touchées, à un moment ou un autre, par une chanson. Vraiment, parfois j’ai vu des larmes couler et je me suis dit que c’était sûrement nécessaire que je le rende public et que je ne le garde pas dans ma chambre. Même mes parents, ma mère en France, ça a été dur pour elle de l’écouter car je parle de choses quand même assez difficiles, comme les sujets de la dépression, de la solitude, l’envie de retrouver ses racines, et de manière très crue, car c’était ça qui m’intéressait. Ma mère a été touchée et elle trouve qu’il est beau, donc je suis très contente.
Un EP qui va parler d’adoption, mais aussi, comme tu le disais, de dépression, de drogue, de la perte d’un enfant, comme dans le titre MR5H, est-ce que tu peux me parler de ce titre ?
Claïmax : Je suis arrivée à Paris à 17 ans pour faire mes études de classe libre aux cours Florent. Je viens de Nice et, à Nice, les SDF sont amenés dans des camions pour ne pas que les touristes les voient. Paris, il y avait cette chose où c’était un peu la première fois que je voyais autant de personnes sans domicile fixe. Je trouvais ça ouf que personne ne les regarde ou, quand les personnes les regardent, il y a du dédain, du dégoût… il y a une partie de moi qui était vraiment violentée.
À l’arrêt du métro que je prenais à côté de chez moi, qui était Anvers, il y avait ce monsieur qui écrivait des poèmes avec une canette de bière à côté de lui. Il était de l’autre côté de mon quai et il avait une poésie qui se dégageait de lui que je trouvais dingue. Je suis quelqu’un de très timide et le jour où j’ai voulu aller de son côté du quai, il n’était plus là et je ne l’ai plus jamais vu. J’étais un peu meurtrie dans mon cœur. Je me suis dit : il faut absolument que j’écrive une chanson sur lui, sur son histoire, et c’est ma manière à moi de le mettre en lumière, alors que personne ne voulait le regarder.
Dans MR5H, il y a aussi le sujet de la drogue, est-ce que c’était important pour toi d’en montrer les dérives et surtout que c’est aussi un appel à l’aide d’une grande dépression ?
Claïmax : Je voulais aussi montrer la romantisation de la drogue dans le rap. J’aime profondément le rap, mais je trouve que l’on parle de la drogue comme quelque chose de glamour et de stylé. Tous mes potes qui ont touché à la drogue, et peu importe le type de drogue, souvent ils étaient profondément tristes. J’étais surtout la meuf un peu sobre, qui ne fait pas trop d’excès, même si ça m’est arrivé, mais j’ai toujours été là quand ils n’allaient pas bien. De voir leurs yeux couler, de voir à quel point ils étaient au fond du trou et de me rendre compte que la seule chose qui les sauvait, c’était ça, c’était dur.
Quel est le message que tu as envie de faire passer à travers Le journal d’une adoptée ?
Claïmax : J’ai vraiment envie de rassembler, même au-delà des personnes adoptées, j’ai vraiment envie que cet EP puisse parler au plus de monde possible, comme les familles aussi des enfants adoptés, des personnes qui ont connu la dépression… et surtout montrer que l’on n’est pas seuls.



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