Lis Sam : l'artiste qui redonne vie aux papillons
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Lis Sam n'a pas pu être scolarisé et s'est rapidement retrouvé sur les chantiers, en tant que maçon, pour travailler auprès de son père et aider sa famille. Mais le jeune garçon a quelque chose en plus, transmis par sa maman : une sensibilité à l'art. Alors, lorsqu'il rentre chez lui, il peint, jusqu'au jour où il découvre la beauté des papillons. Une révélation qui donnera naissance aux œuvres incroyables qui font aujourd'hui sa renommée. Rencontre.
Lis Sam est l'un des artistes peintres les plus reconnus à l'international. De l'Italie aux États-Unis, en passant par la France, tout le monde veut exposer ses œuvres réalisées uniquement à partir de papillons. Derrière cette reconnaissance mondiale se cache pourtant un parcours hors norme. Sans études, passé par les chantiers de maçonnerie, il a construit sa carrière à force de travail, de patience et de passion. Une passion née auprès de sa mère, qui lui a transmis le goût du beau, le sens de la délicatesse et un profond respect des femmes, omniprésent dans son œuvre.
Lis Sam : "Nous, les hommes, ne serions pas là sans elles (les femmes)"
Aujourd'hui, vous exposez à Venise, Miami ou encore New York. Quand vous regardez votre parcours, qu'est-ce qui vous anime ?
Lis Sam : Je pense que c'est une forme de revanche, parce que j'ai eu une scolarité un peu compliquée. Je n'ai pas fait d'études et, finalement, ce sont les défis que je me suis lancés qui m'ont permis d'avancer. C'est encore ce qui m'anime aujourd'hui.
Vous êtes né en Tunisie et vous êtes arrivé en France à l'âge de 11 ans. Est-ce que votre histoire personnelle a façonné votre regard sur l'art ?
Lis Sam : Oui, énormément. Ma maman tissait des tapis orientaux et faisait beaucoup de broderie. Elle m'avait même brodé un coussin en forme de papillon. Je crois que c'est elle qui m'a transmis cette sensibilité artistique. C'est grâce à elle que je regarde le monde de cette façon.
À quel moment avez-vous eu le déclic et décidé de consacrer votre vie à la création ?
Lis Sam : Cela s'est fait progressivement. Au début, je peignais des toiles dans un style assez abstrait. J'ai mis près de dix ans à trouver mon identité artistique. J'ai beaucoup cherché avant de découvrir l'univers du papillon. Le véritable déclic est arrivé lorsque j'ai compris que je pouvais vivre de mon art.
Vous évoquez souvent cette serre à papillons découverte dans le sud de la France. Que s'est-il passé ce jour-là ?
Lis Sam : C'était il y a une dizaine d'années. J'étais avec mon fils et nous avons visité une serre à papillons dans le Vaucluse. Cette sortie, pourtant très simple, a changé beaucoup de choses. J'ai été émerveillé par leur beauté. J'ai commencé à collectionner des papillons naturalisés et, petit à petit, une idée est née. Je peignais déjà, mais c'est vraiment à partir de ce moment-là que j'ai trouvé mon univers. J'y suis retourné plusieurs fois simplement pour les observer voler. Toute mon inspiration est partie de là.
Votre œuvre est très métaphorique. Est-ce une façon de raconter votre parcours ?
Lis Sam : Oui, complètement. Avant d'être artiste, j'étais maçon avec mon père. Il y a une véritable métamorphose entre ce métier très dur, très physique, et ces petits papillons si délicats et fragiles. Mon parcours ressemble un peu à cette transformation.
Comment naissent vos œuvres ? Est-ce une émotion, une image ? Qu'est-ce qui vous inspire ?
Lis Sam : Je puise mon inspiration dans la nature. Les couleurs, les saisons, les arbres, les fleurs... J'ai développé plusieurs collections autour de l'automne, du printemps, des sakura japonais ou encore des serres florales. Tout part de ce que la nature nous offre.
Vos œuvres changent selon le point de vue du spectateur. Était-ce une volonté de votre part que le public devienne acteur de l'œuvre ?
Lis Sam : Oui, c'était essentiel. Je veux que mes œuvres soient vivantes. Elles évoluent avec la lumière au fil de la journée et changent selon l'endroit où on les observe. Les papillons sont fixés à différentes hauteurs afin de créer un mouvement. On se rapproche presque de l'art cinétique : l'œuvre ne cesse jamais de vivre.
Votre collection Blossoming Girls a marqué un tournant dans votre carrière. Que représente-t-elle aujourd'hui ?
Lis Sam : Elle représente énormément pour moi. J'y recrée un univers floral qui rappelle cette serre à papillons où tout a commencé. Les papillons dessinent des visages de femmes qui, inconsciemment, rendent hommage à ma mère. Pour moi, les femmes sont à l'origine de tout. Nous, les hommes, ne serions pas là sans elles. Même les plus grands dirigeants du monde sont nés d'une femme. J'aime montrer cette force immense qui cohabite avec une grande fragilité. C'est ce contraste qui me touche.
Votre œuvre Touché par la grâce est souvent présentée comme un véritable manifeste artistique. Pourquoi ?
Lis Sam : Parce qu'elle représente un rêve que je pensais inaccessible. À l'époque où je développais ma technique, je disais souvent à ma femme : "Imagine si un jour j'arrivais à recréer la fresque de la Chapelle Sixtine uniquement avec des papillons, sans image de fond, en donnant l'impression qu'ils s'envolent." Cela semblait impossible. Puis ma technique s'est affinée au fil des années. Un jour, je me suis senti prêt. Nous avons présenté l'œuvre en avant-première dans une galerie à Mougins. C'était un moment très fort, parce que j'avais réussi à concrétiser ce rêve.
Quel est aujourd'hui le rêve artistique qu'il vous reste à accomplir ?
Lis Sam : J'ai la chance d'avoir réalisé beaucoup de mes rêves de petit garçon. Je prépare actuellement des expositions à New York puis à Saint-Tropez. J'ai voyagé dans de nombreux pays, mais il me reste un rêve : organiser une grande exposition consacrée à ma collection sur les sakura, au Japon, en pleine floraison des cerisiers. Ce serait certainement l'un des plus beaux accomplissements de ma carrière.


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