Alexis Loizon : « Mon Skyblog », le seul-en-scène de toute une génération
- il y a 3 heures
- 11 min de lecture

Quand on évoque Alexis Loizon, on pense immédiatement à l’effervescence des comédies musicales : Grease, La Belle et la Bête ou encore Robin des Bois. Mais après des années à incarner de nombreux personnages, l’artiste a aujourd’hui envie de montrer qui est réellement Alexis Loizon. C’est ainsi qu’est né Mon Skyblog, un seul-en-scène dans lequel il se livre à son public à travers différents personnages qu’il a pu rencontrer au cours de son adolescence et qui feront écho à toute une génération. Rencontre.
Originaire du Vaucluse, Alexis Loizon se laisse porter par le cinéma et admire chaque œuvre, chaque acteur et chaque actrice qu’il voit à la télévision ou sur grand écran. Son rêve ? Faire comme eux : raconter des histoires, donner vie à des personnages et faire vibrer un public. Son choix est fait : il montera à Paris pour être à l’affiche, et pas de n’importe laquelle. Alexis Loizon aime les défis et se lance celui d’apprendre à danser et à chanter. C’est ainsi qu’il décroche le rôle de Danny Zuko dans la comédie musicale Grease. L’acteur, devenu également chanteur et danseur, ne pouvait espérer mieux, lui qui se prenait adolescent pour John Travolta.
Après Grease, Alexis Loizon décroche le rôle de Gaston dans la comédie musicale La Belle et la Bête, avant de participer à l’adaptation cinématographique américaine du même nom réalisée par Bill Condon. Une carrière menée à cent à l’heure qui finit pourtant par soulever une question : et s’il avait déjà fait le tour de ce qu’il rêvait d’accomplir ? Alexis se tourne alors vers la production puis vers l’écriture. Il ressent le besoin de développer ses propres projets, de se montrer tel qu’il est et de se livrer davantage à son public.
La disparition de son père l’incite à replonger dans ses souvenirs afin de lui rendre hommage et de faire vivre sa mémoire. Hors de question, toutefois, de tomber dans une thérapie publique : il souhaite que ses histoires parlent à tout le monde et que chacun puisse se reconnaître dans les personnages qu’il met en scène. Une idée germe alors : raconter son adolescence comme si elle était aussi celle du public. Ainsi naît Mon Skyblog, un seul-en-scène qui touche toute une génération, celle des millennials, qui en ressortira sans doute avec une pointe de nostalgie.
Alexis Loizon : "Quand j’étais au lycée, je me prenais pour Travolta"
Tu as grandi dans le Vaucluse et, dès petit, tu as développé une passion pour les comédies musicales. À quel moment as-tu compris que cette passion pouvait devenir ton métier ?
Alexis Loizon : Je dirais au moment où j’ai vu Le Roi Lion à Paris, lors de sa première exploitation en 2008. J’étais au cours Florent à ce moment-là et je faisais des études de théâtre. Pour moi, la comédie musicale en France était surtout destinée aux chanteurs. Les Dix Commandements, Notre-Dame de Paris, Roméo et Juliette : ce sont tous de grands chanteurs. En voyant ces spectacles-là, je me disais qu’en tant qu’acteur, je ne pouvais pas faire de comédie musicale et que c’était davantage un univers réservé aux chanteurs.
Quand j’ai vu que Broadway arrivait à Paris, au Mogador, avec Le Roi Lion, je me suis dit : « Ah, mais il y a aussi ça, et ça existe en France ! » À partir de ce moment-là, je me suis mis en tête que je voulais faire ça. J’adore la comédie musicale, mais je ne savais pas comment y parvenir en France, car je ne me considérais pas comme chanteur. Alors je me suis acharné au chant et à la danse pour pouvoir faire de la comédie musicale.
Tu quittes le Sud pour Paris afin de réaliser ton rêve de devenir comédien. Y avait-il de l’appréhension ?
Alexis Loizon : Pas tellement de ma part, mais davantage de la part de mes parents. Ils m’ont toujours encouragé et poussé à faire ce que je voulais. Ils avaient peur que je sois déçu, car c’est un métier compliqué : la compétition est rude et il y a beaucoup de monde.
Quand j’ai vu à quel point il était difficile de percer, de construire sa propre trajectoire et d’être reconnu, je me suis dit que la comédie musicale pouvait être une bonne voie. Comme il faut savoir danser et chanter, je me suis dit qu’il y aurait peut-être moins de monde dans ce secteur. Et c’est vrai que la comédie musicale m’a beaucoup aidé à me démarquer.
Tu décroches le rôle de Danny Zuko dans Grease. Qu’est-ce que ce personnage t’a apporté, aussi bien artistiquement qu’humainement ?
Alexis Loizon : Artistiquement, il a fallu que je travaille énormément la danse. Même Danny, dans l’histoire de Grease, doit remporter un concours de danse. Sur scène, il y avait de véritables danseurs avec moi et je ne voulais pas faire tache. Artistiquement, cela m’a beaucoup challengé. C’était aussi une manière de me demander ce que je pouvais apporter à ce personnage que le public n’avait encore jamais vu. Le public vient voir le film sur scène et, au départ, j’étais un peu dans l’idée de reproduire exactement ce que faisait Travolta, parce que moi aussi j’adore ça. Mais je voulais y apporter quelque chose de plus personnel.
Humainement, cette aventure m’a beaucoup rapproché de mes camarades de scène. À la ville comme sur scène, on était vraiment comme dans Grease. Tous les T-Birds étaient copains, les Pink Ladies faisaient leurs soirées entre elles. On avait nos petites histoires, exactement comme dans le spectacle.
Tu as également joué dans le projet hollywoodien de La Belle et la Bête. Qu’as-tu retenu de cette expérience ?
Alexis Loizon : Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est avant tout la manière dont est organisé un tournage d’une telle ampleur. Ce n’est pas vraiment la même configuration qu’en France. Les règles sont les mêmes, mais tout est multiplié par cent, voire mille.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est le nombre de personnes présentes sur un plateau de cinéma. C’est d’ailleurs un peu ce film qui m’a donné envie de me tourner vers la production. Je voyais tous ces métiers réunis : les costumes, la coiffure, le maquillage, le son, les effets spéciaux... C’était fascinant.
J’ai été passionné par le fait de voir autant de personnes travailler ensemble pour créer un film. Cela m’a vraiment donné envie de faire de la production et, un jour, de réaliser mes propres projets.
Entre le théâtre, la télévision, le cinéma et la comédie musicale, tu as exploré de nombreux univers. Quel est le projet qui représente l’artiste que tu es aujourd’hui ?
Alexis Loizon : Sans spoiler, celui qui représente non pas l’artiste que je suis, mais la personne que je suis, c’est mon seul-en-scène. Mais Danny Zuko, dans Grease, est le personnage qui me ressemble le plus. C’est celui pour lequel j’ai eu le moins à « travailler », parce que dans La Belle et la Bête, c’était un dessin animé, donc il fallait trouver une gestuelle, une voix. Dans Grease, même quand j’étais au lycée, je me prenais pour Travolta.
Quand ils ont annoncé qu’ils allaient faire Grease, je me suis dit : « Oh yes, je vais pouvoir être moi sur scène ! »
Au fil du temps, ta carrière a évolué vers l’écriture et la production. Est-ce que c’était l’envie de pouvoir raconter tes propres histoires plutôt que celles des autres ?
Alexis Loizon : Ce qui m’a poussé à faire ça, c’est qu’une fois Grease terminé, il y a eu le Covid. Forcément, tous secteurs confondus, on se remet un peu en question et on se demande quel est le sens de la vie : il n’y a plus de travail, il n’y a plus rien. Ça m’a mis face à moi-même. J’avais réalisé deux de mes rêves, voire trois : j’avais fait La Belle et la Bête et c’était mon rêve de faire un Disney sur scène ; c’était mon rêve de faire Grease ; c’était mon rêve de tourner dans un grand film américain, et même de tourner à l’étranger puisque j’ai fait Roméo et Juliette en Chine.
Du coup, je me suis dit : « Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ? » Et j’avais envie de créer. J’avais l’impression d’avoir coché tellement de cases que je ne voulais pas être déçu. Créer m’a beaucoup plu, même simplement être à la production, mais être au cœur du projet dès le début. Quand tu produis, tu produis les histoires des autres, les films des autres, et ça me plaît parce que je suis entouré de personnes très intéressantes et talentueuses. Ça m’a donné envie d’écrire mes propres histoires.
D’avoir interprété autant de personnages, est-ce qu’il y a aussi ce besoin de te montrer toi ?
Alexis Loizon : Ce qui m’a donné envie de faire ça, c’est Le Concert des Comédies Musicales, que je fais avec les autres têtes d’affiche des comédies musicales et que nous reprenons en juin. Pour la première fois, j’étais sur scène en tournée, mais pas en tant que Gaston dans La Belle et la Bête ou Danny dans Grease, mais en tant qu’Alexis Loizon. C’était la première fois qu’on m’engageait pour être moi, pour être Alexis. Même si j’avais envie de faire des blagues au public, je me le suis autorisé.
J’ai pris goût à ça et ça m’a aidé à me trouver en tant qu’artiste, à comprendre ce que je voulais vraiment faire. Mes camarades de scène m’ont beaucoup poussé à créer quelque chose pour moi. Et j’essaie de me lancer là-dedans.
Je suppose que c’est à ce moment-là qu’est né ton seul-en-scène Mon Skyblog ?
Alexis Loizon : Exactement.
Ton premier seul-en-scène : d’où est née l’idée ?
Alexis Loizon : Depuis longtemps, j’avais envie d’orienter davantage ma création vers l’humour, mais je ne savais pas par quel biais. Je ne voulais pas faire de stand-up, car je ne pense pas être bon là-dedans.Faire un seul-en-scène et raconter une histoire, oui, mais je ne savais pas quel angle aborder ni quoi raconter. Je trouve qu’il n’y a rien de pire qu’un artiste qui n’a rien à raconter. Comme j’ai toujours détesté ça, que ce soit en théâtre, en danse ou en chanson, je me suis toujours abstenu de le faire.
Malheureusement, l’an dernier, j’ai perdu mon papa et j’ai tout de suite ressenti le besoin de lui rendre hommage, de continuer à le faire exister. Pas en parlant directement de lui, car mon spectacle ne parle ni de lui ni de sa disparition. Je me suis demandé où se trouvaient la plupart de mes souvenirs avec lui. La réponse était simple : pendant mon enfance et mon adolescence, quand j’habitais encore chez mes parents. J’ai donc voulu parler de ça.
J’ai commencé à faire des vidéos sur Instagram et, comme ça fonctionnait, beaucoup de personnes de ma génération s’y retrouvaient. Je me suis dit : "Tiens, c’est intéressant. Pourquoi ne pas le faire sur scène en incarnant les personnages que je joue dans mes vidéos ?" C’est comme ça que j’ai commencé à écrire et à développer un spectacle avec un metteur en scène qui porte un regard très structuré sur le projet.
Je l’ai appelé Mon Skyblog parce que ça sonnait bien et parce que, quand je repense à mon adolescence, je repense immédiatement à Skyblog. Ça fait écho à toute une génération. Et puis il y a aussi un véritable retour des années 2000 ces derniers temps. J’aurais pu l’appeler Mon adolescence, mais Mon Skyblog parle davantage aux gens et donne l’impression que le spectacle parle d’eux autant que de moi.
Dans ce spectacle, tu te replonges dans les années 2000, ton adolescence, tes premiers rêves et la révolution numérique. Qu’est-ce que cette époque dit de nous aujourd’hui ?
Alexis Loizon : Cette époque nous dit que nous sommes devenus comme nos parents. Je me souviens que, dans les années 2000, ma mère parlait souvent des années 1980. Et c’est drôle parce que, vingt ans plus tard, nous faisons exactement la même chose. On dit : « Ah non, mais vous n’avez pas connu les années 2000, c’était génial ! Christina Aguilera, Justin Timberlake… » On fait partie de cette boucle et on l’alimente nous-mêmes. Voilà ce que cette époque dit de nous.
Et puis nous sommes la première génération à avoir grandi avec Internet, à avoir vécu son arrivée pendant l’adolescence. Avant nous, soit il n’y en avait pas, soit c’était réservé à quelques privilégiés avec des connexions qui ramaient et qui n’avaient pas grand intérêt. À partir du moment où les modems et l’ADSL sont arrivés, c’est devenu un véritable outil de connexion entre nous. Puis il y a eu les chats, MSN, Skyblog, les Wizz… Tout ce qui existe aujourd’hui - Instagram, Snapchat et les autres - trouve son origine là-dedans. Et la génération actuelle nous ressemble beaucoup.
Mon Skyblog, un seul-en-scène, est encore un exercice différent de tout ce que tu as pu faire. Qu’est-ce que tu as découvert sur toi-même en répétant ce spectacle ?
Alexis Loizon : J’ai découvert la manière dont je raconte une histoire : le ton que j’emploie, mon positionnement, ma physicalité. Je travaille avec un metteur en scène qui s’appelle Guillaume Beaujolais et qui me connaît depuis quinze ans. Nous avons travaillé ensemble sur un spectacle jeune public qu’il avait écrit et mis en scène : Robin des Bois. C’est lui qui m’a suggéré d’essayer de faire un seul-en-scène, parce qu’il pense que j’ai une physicalité qui me permet d’incarner certains personnages.
Je me suis aussi découvert moi-même. Quand tu es seul sur scène, tu dois forcément trouver des leviers, des points d’appui, et tu développes un ton qui t’est propre, nourri de toutes tes influences.
Sans vouloir me tirer une balle dans le pied, je me rends compte que la façon dont j’ai écrit ce spectacle et dont je l’interprète ressemble, sans que je l’aie voulu - parce que je n’ai pas envie de me retrouver avec un procès (rires) - au premier spectacle de Franck Dubosc.
C’était un spectacle très marqué par les années 2000. Il racontait sa vie, incarnait les gens qu’il avait rencontrés et parlait de sa jeunesse. Je m’en suis rendu compte il n’y a pas si longtemps : ça ressemble beaucoup à du Franck Dubosc. Parce que c’est l’un de mes humoristes préférés. Et même plus que ça : l’un de mes artistes préférés. J’ai une très grosse influence Franck Dubosc.
Est-ce qu’il y a des souvenirs ou des émotions qui ont été plus difficiles à écrire ?
Alexis Loizon : Si l’on parle de mon père, ce n’était pas difficile d’écrire à son sujet, parce que je voulais justement prendre un peu de distance avec ça. Je ne voulais pas que le public se dise : « En fait, il fait sa thérapie sur scène. » Les gens ne paient pas leur place pour ça. Tu paies un psychologue pour faire une thérapie, pas un billet de spectacle. Je voulais que ça intéresse les gens. Je voulais parler de mon papa, mais aussi de tous les papas. Comme pour ma mère, je voulais qu’elle devienne la mère de tout le monde. Je voulais que ma chambre d’adolescent soit la chambre de tout le monde.
Ça m’a fait traverser des émotions, bien sûr, mais surtout de la nostalgie. La nostalgie de cette époque où mon plus gros souci était de ne pas avoir terminé un devoir maison ou d’avoir un contrôle d’histoire le lendemain. Avec le recul, quand tu repenses à ton adolescence, ce n’est pas comme l’enfance où il y a une forme d’insouciance. À l’adolescence, il y a toujours ce drame du moment : untel ne veut pas sortir avec toi, tu as un contrôle qui arrive… Tu as l’impression que le monde va s’effondrer. Et puis, d’un coup, tu dois payer l’Urssaf et répondre aux impôts (rires).
Ce sont des émotions tendres. Je n’étais pas triste en écrivant. Même quand je parle de mon père, je ne veux pas que ce soit triste. Je veux que chacun puisse écouter ces histoires avec un petit sourire. Je veux que chaque anecdote ramène le spectateur à son ordinateur, à son MSN, à ses souvenirs. Je veux qu’il y ait de la tendresse.
Entre l’énergie collective du Concert des Comédies Musicales et l’intimité de Mon Skyblog, quel exercice te ressemble le plus aujourd’hui ?
Alexis Loizon : Ce qui me ressemble le plus humainement, c’est forcément Mon Skyblog, même si c’est terrifiant d’être seul sur scène. L’avantage d’être plusieurs sur scène, comme dans le Concert des Comédies Musicales, avec des artistes avec qui je partage la scène, qui sont humains, bienveillants, très matures et sans ego, c’est que tu peux te reposer sur eux à n’importe quel moment. Si tu es un peu perdu sur quelque chose, il y en a toujours un pour prendre le relais. Là, dans un seul-en-scène, je ne peux m’appuyer sur personne. Ça m’aide beaucoup à me challenger, mais il y a quand même un certain confort à être avec des copains sur scène. C’est rassurant. Ce n’est pas forcément ce que je préfère, d’être seul sur scène, mais c’est ce qui me ressemble le plus aujourd’hui.
Aujourd’hui, si tu devais créer un nouveau Skyblog, quel serait le titre de ton premier article ?
Alexis Loizon : Le titre de mon premier article, ce serait : "Salut les gars, nouvelle aventure !" Avec une photo de l’affiche du spectacle. J’avoue que j’angliciserais sûrement le titre, parce que dans les années 2000, on adorait faire du franglais.Alors ce serait plutôt : "New aventure : cliquez ici !"

Commentaires