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Avec Dernière soirée, Nicolas Dozol explore les fragilités de la jeunesse

  • il y a 21 heures
  • 4 min de lecture
Dernière soirée

L’adolescence est une période à double tranchant : un moment de grâce et d’insouciance pour certain.es, quand d’autres vivent ce passage de l’enfance à l’âge adulte comme un calvaire. Après le Covid et l’explosion des réseaux sociaux, tout a empiré. Désormais, c’est 48 % des jeunes qui vivent avec des troubles de dépression. Avec son film Dernière soirée, Nicolas Dozol a voulu impacter les consciences sur la santé mentale et l’importance d’ouvrir le dialogue. Rencontre.



Angela, Alexander, Lily et Ethan se rendent à une soirée pour fêter la fin de leurs études : mais si c’était la dernière ? Tout ne va pas se passer comme prévu. Entre drogue et alcool, leur mal-être, leurs angoisses, leurs peurs refont surface… Vont-ils réussir à affronter cette vie s’ils ne sont même pas capables d’affronter une soirée avec des gens de leur âge qui semblent, pour la plupart, épanouis ?


Dans ce film, Nicolas Dozol pointe du doigt les maladies liées à la santé mentale et ses dérives : l’impact qu’elles ont sur les adolescents qui vivent dans une société où les réseaux sociaux les enferment parfois dans des schémas de vie irréels. Le réalisateur, lui-même jeune adulte, nous raconte quelle était l’importance d’écrire "Dernière soirée" afin d’ouvrir la parole et d’être plus protecteur envers cette jeunesse le plus souvent incomprise.


Nicolas Dozol : "Avec mon film, je voulais vraiment explorer (...) cette jeunesse en mal-être"


Quelle est la genèse de Dernière soirée ?


Nicolas Dozol : En études de cinéma, j’ai fait un stage à la RTS, la Radio Télévision Suisse romande, et je travaillais pour une émission qui s’appelait TTC (Toutes taxes comprises). Je devais intervenir sur un reportage sur les enfants fortunés qui exposent leur fortune sur les réseaux sociaux et l’impact que ça a sur les populations moins favorisées. Et j’ai eu cette idée de faire un film sur quatre adolescents enfermés dans une seule pièce, issus de différentes classes sociales, et de voir ce qu’il se passe.


Ces quatre adolescents se battent contre leur mal-être du quotidien. Quelle place donnez-vous à la santé mentale, qui aujourd’hui est le plus souvent une problématique liée aux réseaux sociaux ?


Nicolas Dozol : Au sein du film, elle a une place principale. Que ce soient les études ou les articles qui sortent tous les jours, il y a un impact extrêmement négatif. Avant, la santé mentale n’était pas exposée de manière aussi frontale au quotidien, mais passait plus par le dialogue et des actions. Aujourd’hui, c’est une problématique plus accessible dont on parle au quotidien. Et si les réseaux sociaux peuvent être un problème, ils sont aussi un lieu où désormais les gens osent parler de la santé mentale, se montrent… même si on peut parfois être dans des extrêmes, avec des gens qui se lâchent complètement, parce que justement ils sont derrière un écran et ne s’exposent pas à la réalité.


Avec mon film, je voulais vraiment explorer tout ça : cette jeunesse en mal-être et vers quelle direction elle va, à travers différents sous-textes et thématiques que l’on a essayé d’aborder, tout en ayant une histoire forte qui propose des émotions que l’on avait vraiment envie de faire ressentir aux spectateurs.


Vous parlez de cette forte envie de faire ressentir les émotions de vos personnages aux spectateurs. Est-ce pour cela ce choix du huis clos et cette caméra proche des visages ?


Nicolas Dozol : J’avais vraiment envie d’accentuer les peurs et les angoisses de mes personnages, cette claustrophobie qui peut se créer à l’intérieur de soi, et de la personnifier à l’intérieur d’une maison. Je voulais toujours trouver un enfermement dans le cadre, avec des parties très centrées sur l’angoisse et d’autres où ça respire un peu plus. Le choix du plan-séquence, c’était aussi ça : vouloir faire ressentir en temps réel les émotions des personnages.


On ne va pas spoiler, mais j’ai beaucoup aimé la fin. Pourquoi avoir voulu donner la liberté aux spectateurs de s’imaginer ce qu’il a pu véritablement se passer ?


Nicolas Dozol : Pour moi, il était primordial, sur ce film-là, de laisser cette ouverture et que l’on ressorte de la salle avec une émotion positive. Quand on est jeune adulte et un peu perdu, c’est aussi important de faire ressentir cette émotion. Je ne voulais pas que les jeunes ressortent du film en se disant : "OK, il n’y a pas d’avenir." Pour moi, c’était une sorte de libération des personnages que je voulais proposer.


Quel est le message que vous avez envie de faire passer, que ce soit pour les adolescents mais aussi pour les parents qui peuvent, après ce film, prendre conscience de l’importance de parler avec leurs enfants ?


Nicolas Dozol : Le dialogue est toujours compliqué quand on est adolescent. C’était vraiment une volonté de faire exister les parents hors champ et de ne pas les montrer à l’image. On espère qu’avec ce point de vue, cela puisse ouvrir un dialogue sur les dérives qui sont très vite enclenchées : un enfant que l’on connaît dans un cadre familial, quand il en sort, peut être totalement différent. En tant que parent, sans tomber dans la sur-protection, il est quand même important de faire attention aux signes chez nos enfants, à leur comportement… À cet âge, on n’a pas forcément le recul nécessaire pour se rendre compte de ses actes, ni de leurs conséquences.


On ne dit pas que la jeunesse, c’est que ça, c’est juste essayer de proposer un point de vue sur cette jeunesse-là, à travers la manière dont on l’a vécue. Mais cela peut être vu comme une sorte de mise en lumière des émotions que les adolescents vivent, et mener à une certaine prise de conscience.

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