Yannick Choirat dans la peau de Michel Vaujour : il lui offre une nouvelle liberté

Seul, sur la scène du Théâtre de la Concorde, Yannick Choirat se glisse dans la peau de Michel Vaujour, un ancien récidiviste resté 27 ans derrière les barreaux et 17 ans à l’isolement. Une interprétation poignante, subjuguante, dans laquelle l’acteur incarne Michel, qui s’adresse à son public dans une plaidoirie soulignant l’envie d’un homme de se sentir libre et tiraillé par une famille peu présente.
Michel Vaujour est l’un de ces prisonniers qui ont fait la une des journaux, avec les récits de ses huit tentatives d’évasion. Une histoire fascinante dont s’est emparée Zabou Breitman pour l’offrir à Yannick Choirat, qui, dans un seul en scène, nous happe par une prestation d’une grandeur saisissante, tenant son public en haleine du début à la fin pour connaître l’histoire de Michel Vaujour. Sa rencontre avec le récidiviste, son excitation de retrouver le public, sa vision de la liberté… L’acteur se confie pour PressEyes.
Yannick Choirat : C’est le rôle des parents qui est crucial dans la vie, dans nos vies à tous
2026 est une année riche pour vous, avec une série et deux pièces de théâtre : est-ce un challenge ou une peur de s’ennuyer ?
C’est souvent comme ça (rire). J’ai de la chance de pouvoir beaucoup travailler et j’adore ça. Dès qu’il y a un petit vide, il faut que je le remplisse : soit j’écris, soit je trouve un projet à faire.
On vous retrouve au Théâtre de la Concorde, dans la pièce Ne me libérez pas, je m’en charge. Un monologue autour de Michel Vaujour, prisonnier qui s’est évadé huit fois de prison : comment êtes-vous arrivé sur le projet ?
Yannick Choirat : J’avais déjà travaillé avec Zabou dans sa série Paris, etc.… Et puis, un jour, on s’est croisés au Théâtre 13, dans un spectacle où je ne faisais que la voix. On s’est vus au bar, on a beaucoup discuté et elle m’a dit : « Ce serait bien que l’on fasse un projet ensemble. » La semaine suivante, elle m’a envoyé le documentaire sur Michel Vaujour de Fabienne Godet, en me disant : « J’aimerais travailler à partir de ce matériel-là. » J’ai été fasciné par le documentaire, ce parcours, cette vie. On s’est revus très vite après, on a fait une réunion tous les deux. Pendant trois jours, on a pris le verbatim, c’est-à-dire le texte de toute l’interview de Michel, et on a commencé à lire, à imaginer le découpage et un montage de ce texte-là qui nous serait propre pour monter le spectacle. Puis on a fait une résidence, une seconde résidence et on a monté la pièce petit à petit comme ça.
Un monologue d’un peu plus d’une heure : comment sait-on que l’on va capter le public du début à la fin ?
Yannick Choirat : C’est vrai que c’est un challenge. Il y a 15 ans, j’ai déjà fait un seul en scène, c’était sur les Essais de Montaigne. Une pièce que j’ai jouée 300 fois, donc j’avais déjà cette sensation d’arriver à choper le public, à maintenir son attention. Avec une histoire comme celle de Michel, je n’avais aucun doute que quelque chose allait se créer. Après, c’était à nous de créer les conditions pour que ça puisse avoir lieu. On aurait pu faire un autre spectacle aussi, mais on avait envie de faire comme s’il était là au présent et qu’il nous parlait. Et c’est ce rapport-là au public qui crée cette intensité.
Est-ce que vous ressentez de l’appréhension ou de l’excitation de vous retrouver aussi proche du public ?
Yannick Choirat : On a très peu répété. On a fait plusieurs résidences où on essayait de mettre en place la pièce et les 15 derniers jours ont été très techniques. Les premiers jours avec le public ont été cruciaux, il fallait que je sente le rapport aux gens, donc il y avait pas mal d’appréhension. Je n’avais pas encore idée si les mots, l’histoire, allaient intéresser les gens. Petit à petit, cette appréhension s’est transformée en excitation, puisqu’on trouve le chemin et le spectacle s’affirme de plus en plus.
Vous êtes allé à la rencontre de Michel Vaujour : qu’est-ce que cette rencontre vous a apporté ?
Yannick Choirat : La première chose que je voulais, c’est que Michel ait confiance en moi. C’était très égoïste, mais je voulais lui montrer qu’on n’allait pas faire n’importe quoi avec son histoire. C’est délicat, c’est très personnel, c’est violent ce qu’il a vécu, même s’il a partagé cette violence. Je voulais que l’on se rencontre et que l’on ait confiance l’un dans l’autre, et me dire qu’il me donne son feu vert pour y aller.

J’ai lu son livre, où il raconte toute sa vie, en plus du documentaire que j’ai vu un nombre incalculable de fois. J’avais besoin de corroborer des choses avec la personnalité de Michel, avec ce qu’il m’en dirait aujourd’hui. On a passé trois heures à discuter ensemble, où j’ai appris plein d’autres choses. C’est très organique de rencontrer la personne que l’on va incarner et c’est très riche.
Par le biais de cette pièce, est-ce que vous avez découvert une autre définition de la liberté ?
Yannick Choirat : Ah oui, complètement. Ce que j’ai admiré chez Michel, c’est cette liberté totale à l’intérieur de lui, dans son être, qu’on ne lui volerait jamais et que l’univers carcéral ne lui volerait jamais. C’est pour ça que le jour où il a pris une balle dans la tête - ce que l’on raconte dans la pièce - et qu’il devient hémiplégique, il se retrouve enfermé dans son propre corps et son corps devient sa prison. Ça lui a fait très peur, il a souhaité mourir, mais il a quand même réussi à retrouver de la liberté. Et ça, c’est une leçon de vie extraordinaire.
La pièce part d’un documentaire. Qu’est-ce que la pièce permet de raconter que le documentaire ne montre pas ?
Yannick Choirat : Le théâtre permet une distance, là où, d’un coup, dans le documentaire, on a un témoignage très singulier, celui de Michel. Le théâtre et le fait que ce soit incarné par quelqu’un d’autre ramènent une distance qui ouvre davantage à la réflexion sur ce qu’il a vécu, sur ce qu’il est et sur la société : qu’est-ce que c’est que d’enfermer des gens ?
Il y a une catharsis : un partage de ce que cet homme a vécu. Un documentaire, tu le vois tout seul chez toi, là, au théâtre, tu partages avec le public, donc il y a quelque chose dans l’air qui devient une pensée qui s’échange. Même si les gens ne se parlent pas, il y a quelque chose qui nous atteint et nous fait réfléchir différemment que des images.
Qu’est-ce qui vous a le plus bouleversé dans le rôle ?
Yannick Choirat : C’est le rapport à sa famille. Il y a une phrase dans le documentaire que j’adore, que l’on n’a pas mise dans la pièce, mais c’est Fabienne Godet qui le dit : "Est-ce que le secret d’une vie ne se résumerait pas dans un chagrin d’enfant ?" Et je trouve cette phrase magnifique. C’est ce qui m’a beaucoup touché chez Michel, j’ai eu l’impression que, même avec tout ce qu’il a vécu, il est resté l’enfant blessé qu’il a été et que ce rapport à l’autorité qui l’a écrasé, même s’il s’est évadé, était là en gestation depuis le début avec son père. Et c’est le rôle des parents qui est crucial dans la vie, dans nos vies à tous. Pour plus d'informations : "Ne me libérez pas, je m'en charges" au théâtre Anthéa à Antibes de du 3 au 6 novembre. D'autres dates et lieux à venir en 2027.


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