Yanamko, de l’autre côté du rap : entre rêves, doutes et ambitions

Vous l’avez sûrement vu dans Nouvelle École, mais depuis, Yanamko a ouvert une nouvelle porte : celle sur un premier album baptisé "De l’autre côté" et d’un documentaire éponyme pour révéler à son public, ses fans, qui il est vraiment. Rencontre.
Rencontrer Yanamko, c’est prendre un petit shoot de bonheur et de gaieté. Du haut de ses 24 ans, Yannis de son vrai nom est d’une joie de vivre débordante, et ce, malgré les défis qu’il a dû relever pour être l’artiste qu’il est aujourd’hui.
L’un des chouchous de "Nouvelle École", il ne s’est pas fait attendre pour exploser sur les plateformes d’écoute avec plus de 4 M de streams pour Sage. Quelques mois seulement après la diffusion de l’émission, Yanamko n’a pas profité de cette nouvelle notoriété ou plutôt, il l’a mise au service pour écrire un nouvel album et tourner un documentaire, qu’il a tous deux nommés : "De l’autre côté".
Un premier album et un film qui ouvre sur qui est véritablement Yanamko : un homme certes plein de joie, mais surtout un homme ambitieux tout en gardant la tête sur les épaules, avec un grand respect de ceux et celles qui l’entourent.
Dis-moi pourquoi tu as choisi De l’autre côté comme titre d’album et de documentaire ? Et qu’est-ce qu’il y a exactement de l’autre côté ?
Yanamko : De l’autre côté, c’est un titre qui symbolise la façon qu’a un artiste de passer du côté non professionnel : c’est-à-dire son développement, sa recherche d’identité, au côté professionnel, où tu cherches vraiment à aller au bout d’une idée et pas simplement aller au studio et faire un son. Le documentaire porte le même nom pour renforcer cette image, mais aussi pour souligner notre manière de travailler, de montrer ce qu’il y a derrière les morceaux, les clips… et ce qu’il y a derrière, c’est du charbon à plein temps.
Ton album parle de trajectoire, d’ambition, de ton histoire, de tes origines… Est-ce qu’à travers ce premier album, tu avais envie que l’on apprenne qui tu es ?
Yanamko : C’était essentiel pour moi que l’on apprenne qui je suis dans l’album. Dans les singles, dans les mixtapes, dans Sage, c’est aussi une façon de me découvrir, mais qui ne dit pas tout de moi. L’album, lui, doit être toi à 100 %. Il doit être une vitrine de qui tu es et montrer jusqu’où tu es allé creuser tes idées.
Tes morceaux sont très différents : il y a un côté très sombre avec du rap très pur et d’autres plus dansants. Pourquoi ce choix de mélanger toutes ces influences ?
Yanamko : J’ai tendance à dire que je sors des sons pour me décontracter et faire ce que j’aime. Et là, en l’occurrence, j’ai essayé d’apporter ce côté je fais ce que j’aime, mais dans un album qui ne s’y prête pas forcément et c’est pour ça qu’il y a eu des sons comme Mes petits Villages, Pas de B, Tu mens, BOBO : ce sont des sons qui représentent cette partie de moi où j’ai envie de me faire plaisir et faire plaisir.
Des sons très différents, mais qui ont un point en commun : la musique qui, dans chaque titre, est très présente. Au-delà des textes, que représente la musique pour toi ?
Yanamko : Quand tu vas chercher les bonnes sonorités dans les prods et dans ta façon de chanter, je trouve que ça crédibilise encore plus ton art et d’en faire quelque chose qui t’est propre. Il est important de savoir ce que tu vas utiliser pour chaque son et connaître quelle sonorité va aller avec chaque instrument, mais aussi comment tu vas poser ta voix dessus.
D’ailleurs, tu t’amuses beaucoup avec ta voix dans l’album…
Yanamko : Ah mais j’adore jouer de ma voix. Elle est intergénérationnelle. Demain, ma voix, elle va pouvoir faire kiffer un tout petit ou un adulte, car je vais pouvoir savoir chanter comme un Ray Charles alors que ce n’est pas du tout mon monde. Mais c’est juste des timbres de voix que tu as déjà entendus et ça va attirer l’oreille.
Est-ce que ta musique et ta façon de rapper sont différentes en fonction de quand tu veux seulement faire passer un message ou quand tu veux parler de toi ?
Yanamko : Pour moi, c’est hyper important quand tu fais un texte que ce ne soit jamais le même message, que ce ne soit jamais la même intention. Si on se casse la tête à aller chercher de vrais instruments, ou une sonorité, c’est vraiment pour aller chercher une personnalité et une cover qui est propre au son et l’émotion, elle passe aussi par là. C’est pour ça que j’aime bien dire que dans cet album, on ouvre la porte aux émotions et on montre qui je suis.
S’il fallait choisir un seul morceau pour quelqu’un qui ne te connaît pas, lequel tu lui ferais écouter et pourquoi ?
Yanamko : Je lui ferais écouter De l’autre côté et Mon côté riche, j’en ai dit deux (rire). Pour moi, ce sont les deux qui te permettent d’accéder à la personne que je suis au plus profond de mon être : dans mes valeurs, dans le parcours que j’ai choisi de mener seul, jusqu’à rencontrer une équipe formidable.
On va revenir sur le documentaire : pourquoi tu as ressenti le besoin de raconter cet album et de le mettre en image ?
Yanamko : Dans un premier temps, ce qui m’y a forcé, c’est que je savais qu’en sortant de Nouvelle École, j’allais forcément rester dans une case des artistes qui sont sortis de l’émission. J’avais envie de me différencier de tout le monde et apporter quelque chose de nouveau. Je voulais que le public puisse vraiment me découvrir et pas seulement à travers des séquences de dix minutes que Nouvelle École pouvait diffuser. Je voulais reprendre le récit de cette histoire qui s’est terminée et d’une autre qui continue depuis déjà des années.
Dans tout le documentaire, on te voit très joyeux, est-ce que tu es comme ça tout le temps ?
Je suis la plupart du temps très joyeux et si tu ne me vois pas sourire dans la journée, c’est que je réfléchis trop.
Joyeux, mais tu révèles aussi tes doutes, est-ce que c’est important en tant qu’artiste de te remettre en question et d’être à l’écoute des autres quand on te donne des conseils ?
Yanamko : Pour moi, c’est hyper important de montrer que tu as des doutes, sinon tu n’es pas humain. Après, ça peut solidifier ton image de montrer que tu es tout le temps très serein et j’ai joué sur ça dans Nouvelle École. Je voulais montrer que j’étais une personne qui maîtrisait son sujet à 100 % ; tout en sachant là où je ne pouvais pas aller : je parle du clash quand je te dis ça. En l’occurrence, dans ma vie, je suis quelqu’un qui aime tout faire, donc je ne me limite pas et c’est ce qui me pousse à faire les sons que je fais et les projets que je réalise.
En tant que femme, il y a un passage qui m’a beaucoup touchée, c’est quand tu parles des figurantes dans tes clips. Tu dis que tu veux qu’elles se sentent respectées et que tu ne veux pas les montrer de manière vulgaire. Quel est le message que tu as envie de faire passer ?
Yanamko : On est dans un moment de notre vie où nous sommes entourés par les réseaux sociaux qui renvoient l’image de chacun. Je suis né en dessous de Toulouse, mais j’ai grandi en Ariège, je ne peux pas arriver avec des valeurs qui ne sont pas les miennes. Si certains veulent faire twerker les femmes, je ne suis pas vraiment en adéquation avec ça et je préfère montrer un côté plus réconfortant, rigolo… J’ai envie de montrer ce que je ferais en couple : faire du scooter dans une rue, tu vas te régaler à voyager un peu partout… Je fais attention à l’image que l’on pourrait m’approprier et j’ai envie d’être quelqu’un de respectueux envers les femmes. Je n’ai pas envie de montrer seulement une image qui est femme objet, femme objet de séduction… une femme dans mon clip, c’est un symbole. Pour moi, c’est important, quand tu mets une femme dans ton clip, tu la mets en bien.
Tu as 24 ans, avec déjà une belle carrière : ton single Sage qui a fait 4 M d’écoutes, Nouvelle École, un premier album, un documentaire… est-ce que tu as sacrifié beaucoup de choses pour en arriver là ?
Yanamko : Il y a des gens qui choisissent de prendre des chemins faciles, il y a des gens qui ne font pas gaffe quand ils ne sont pas dans le bon chemin et d’autres qui décident de ne pas prendre le bon chemin… et j’ai fait partie de ces derniers (rire). Je me suis mis dans des conditions déplorables pour en arriver là où je suis et c’est pour ça que j’aime dire que j’ai une âme vengeresse. C’est-à-dire que tu arriveras forcément à tes fins par n’importe quel moyen et pour le coup j’ai usé de moyens physiques envers moi-même que je n’aurais peut-être pas dû user. Je n’ai aucune honte de parler de tout ça, mais je parle du fait, quand tu es un artiste qui croit en ses rêves, t’es tout seul à croire en tes rêves. Le fait d’avoir eu ce rêve-là et ces objectifs, je me suis dit pendant neuf ans tu ne vas pas manger, tu ne vas pas avoir un euro, jusqu’à ce que tu touches le bout du ciel.
Avant de clôturer cette interview, je voulais te parler de mode, car j’ai lu que tu aimais la mode. Qu’est-ce que représente pour toi la mode et est-ce que l’identité vestimentaire en tant qu’artiste est importante ?
Yanamko : L’identité vestimentaire en tant qu’artiste pour moi, ce n’est pas le plus important, car ce n’est pas ce qui te définit dans ton entièreté. Mais par contre, la mode quand tu es un artiste, c’est important d’essayer de s’en rapprocher. Je n’ai aucune notion en mode, mais j’essaie de m’y intéresser au fur et à mesure car ça va avec la personne que je veux montrer. Je suis quelqu’un qui fait attention à comment je m’habille, sauf quand je suis chez moi, on a tous ce moment où l’on est en jogging tranquille chez soi. De vouloir me professionnaliser dans ma musique, ça m’en a rapproché et aujourd’hui c’est super important. Puis c’est une façon de me rapprocher aussi d’un nouvel art : le rap, c’est l’artisanat des mots alors que la mode, c’est l’artisanat du fil.
On te connaît un peu plus à travers un nouvel album, un documentaire, qu’est-ce que tu aimerais que les gens découvrent de l’autre côté de Yanamko aujourd’hui ?
Yanamko : Ce que je voudrais que les gens découvrent encore, c’est ma personnalité. Sur scène, tu ne t’attendras jamais à ce que je vais faire. Tu vas connaître les morceaux qu’il va y avoir, connaître les textes par cœur, mais ça ne sera jamais la même interprétation. J’ai hâte que les gens découvrent ma partie scénique. Je vous donne un premier rendez-vous le 20 décembre à La Boule Noire pour découvrir tout ça.


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